Faire rentrer de l’éthique dans mon épargne, est-ce possible ?

Par Matthieu Llorca, Maître de conférences en Économie à l'Université de Bourgogne, Laboratoire d'Économie de Dijon (LEDi)

Avec 379 fonds et 148 milliards d’encours, les fonds labellisés représentaient fin 2019 près de 7 % de la gestion collective française*.

Répondant à une vraie demande du consommateur, la croissance de ces investissements est par ailleurs organisée par la loi dans le souci de rendre l'épargne plus responsable.

 Matthieu Llorca, Maître de conférences en Économie à l'Université de Bourgogne, Laboratoire d'Économie de Dijon (LEDi)

62 %, c’est la proportion de Français qui souhaitent que leur épargne ait un impact social et environnemental **.

L’épargne éthique leur offre cette opportunité, puisqu’elle permet aux épargnants d’investir, via des fonds ISR (Investissement Socialement Responsable), dans des entreprises soucieuses du développement durable. Outre les critères financiers classiques, ces fonds ISR sélectionnent des entreprises comme Danone ou Legrand, selon des critères, dits « extra-financiers », de nature ESG (Environnementale, Sociale et qualité de la Gouvernance).

Ces fonds spécifiques sont proposés par divers distributeurs, parmi lesquels les mutuelles. Ils peuvent être logés sur des supports variés, et en particulier sous forme d’unités de compte dans une assurance vie.

*Banque de France (13 février 2020), « Labels d’investissement responsable en France : quel bilan ? », Bloc-notes Eco, Billet n° 152.

** 11e enquête IFOP pour le FIR et Vigeo Eiris, septembre 2020.

*** On peut citer par exemple l’étude de Revelli et Viviani, d’août 2014, parue dans le Business Ethics, ou bien celle de Fried, Busch et Bassen de 2015, publiée dans le Journal of Sustainable Finance & Investme

Les fonds éthiques sont-ils aussi performants que les autres ?

Les fonds socialement responsables combinent performance financière et développement durable.

En effet, contrairement aux idées reçues, ils ont un niveau de risque équivalent et un rendement financier identique voire supérieur à celui des placements classiques, comme le reflètent de nombreux travaux sur ce sujet ***, dont celui de la Banque de France publié 13 février 2020 *

Les labels certifiés

Trois labels, certifiés par des organismes indépendants,permettent d’identifier clairement, auprès des épargnants, la nature socialement responsable de ces fonds :

  • le label ISR, introduit en 2015, concerne les fonds investissant dans des compagnies aux pratiques responsables en matière d’ESG. 514 fonds étaient ainsi labellisés ISR, fin octobre 2020, détenant 204 milliards d’euros
  • le label Greenfin, date de 2015 et est plus contraignant, puisque ¾ du fonds doivent être alloués à l’économie« verte » ; il exclut de facto les secteurs d’activité polluants ;
  • le label Finansol, crée en 1997, est attribué pour les fonds de finance solidaire, activités à forte utilité sociale et environnementale.

 

La loi PACTE impose la croissance de l’épargne éthique

L’épargne socialement responsable connaît ainsi un fort développement en France, avec des encours dans des fonds labellisés, multipliés par trois en 2019.

La croissance de ces types de fonds est amenée à se pour-suivre dans les années à venir. D’une part, en raison de la loi PACTE (22 mai 2019) qui, depuis 2020, oblige les contrats d'assurance vie à contenir au moins un fonds labellisé (ISR, Greenfin ou Finansol). De plus, à partir de 2022, cette exigence sera accrue, puisque les contrats d’assurance vie devront proposer simultanément ces trois labels.