[PATRIMOINE] Si les Français savaient...

... ils épargneraient à long terme en diversifiant !

Par Hélène Xuan, économiste, co-créatrice de Caring Company Project en France

illustration article épargne

Quand les Français ont peur, ils épargnent ! Les crises récurrentes les ont rendus doublement précautionneux avec une épargne principalement placée sur livret. Cette crise a révélé le désir des français d’avoir une épargne à la fois disponible, sécurisée et rentable pour réaliser leurs projets de vie.

Le support d’épargne préféré des Français reste l’assurance vie. Véritable couteau suisse de l’épargne longue, elle a dû se transformer face à la diminution durable des rendements obligataires1 .

Pour répondre aux nouveaux besoins des épargnants, l’assurance vie s’est diversifiée en introduisant dans les fonds euros 20 à 40 % de fonds risqués (en actions, immobilier, produits dérivés) et une contrepartie en unités de compte (UC), tout en gardant les attraits qui ont fait le succès des fonds euros (garantie totale ou partielle sur le capital, rendement attractif ou garanti). Malgré ces avantages, l’assurance vie ne s’est pas complètement démocratisée - seulement 45 % des français détiennent un contrat d’assurance vie ou de retraite.

 

 

 

"Épargner à long terme

constitue une stratégie gagnante"

Pour la moitié des Français, épargner à long terme est une difficulté. Mais savent-ils qu’épargner à long terme constitue une stratégie gagnante ? En se plaçant dans une perspective historique, et donc dans le temps long, les actions sont en principe moins risquées et ont un rendement potentiel supérieur par rapport aux autres actifs (monétaires et obligataires) pour un horizon de placement de plus de 25 ans2.

Si les Français savaient, ils épargneraient, même des petits montants… Ils pourraient commencer à 40 ans pour se constituer un patrimoine confortable à 65 ans, à 20 ans pour faciliter leur transition vers une 2ème carrière professionnelle à 45 ans, ou encore pour aider leurs petits-enfants, en plaçant la donation des grands-parents.

Face à l’allongement de l’espérance de vie, la nécessité de s’assurer semble bien comprise par la jeunesse - 65 % voient la crise comme une opportunité́ d’investir car on ne sait pas de quoi demain sera fait3. Avec les réformes successives du système de retraite français, un décrochage de niveau de vie de 10 % à 20 % en moyenne est prévisible pour les futurs retraités dès 20354. Épargner pour la retraite est donc important, voire une priorité - 61 % des français l’ont compris5.

illustration épargne confinement

 

L'EPARGNE DES FRANCAIS PENDANT LE CONFINEMENT

 

Pendant les deux mois de confinement liés à la covid-19, les Français ont épargné massivement : près d’un quart d’entre eux7 a épargné pour un montant qui pourrait atteindre 100 milliards d'euros d'ici la fin de l'année8.

Les plus aisés veulent placer cet argent sur le long terme (35 %) quand 33 % préfèrent le laisser sur le compte courant7.

Les moins aisés ont puisé dans leur épargne, sont devenus plus prévoyants avec une volonté de se reconstituer un matelas financier et font partie des 38 % de Français qui déclarent ne pas avoir assez d’épargne de précaution9.

Le conseil fait la différence

La décision d’épargner à long terme pour réaliser ces projets (retraite, 2ème carrière, soutien des petits enfants, etc.) nécessite souvent un accompagnement, un coup de pouce, pour s’assurer de la régularité de l’épargne et moduler le montant en fonction de ses revenus.

Un programme, Save more tomorrow a été mis en place à l’initiative de deux économistes aux Etats-Unis pour accompagner les ménages modestes dans leur acte d’épargne. Il rencontre un réel succès et a aidé plus de 15 millions d’Américains à se constituer une épargne retraite6. Une illustration de plus que le conseil et l'accompagnement font la différence. L'arrivée des assureurs en ligne contribue à améliorer l'accès à l'assurance vie. La concurrence entre les acteurs a fortement diminué les coûts et les frais de commercialisation sur ces contrats.

Et rappelons que l’évolution du cadre réglementaire et fiscal reste favorable à ces contrats qui sont les seuls à assurer contre les aléas de la vie liés au vieillissement. Avec l’allongement de l’espérance de vie, de nouveaux risques sociaux sont apparus, et l’assurance vie peut offrir une protection efficace contre la dépendance sous réserve d’assouplissement des règles fiscales, et du bon usage des tables de mortalité pour la transformation en rente.

LE MOT TRANSFERT

 

La loi Pacte permet de transférer son vieux contrat d’assurance vie vers de nouveaux contrats plus rémunérateurs au sein du même assureur tout en conservant son antériorité fiscale.

Dans ce contexte de faiblesse « durable » des rendements des fonds euros, la recherche d’une meilleure rentabilité est de mise. La comparaison des performances entre les contrats sera facilitée par une obligation d’information sur les performances passées des contrats. 

Chaque assuré pourra ainsi choisir un contrat potentiellement plus rémunérateursa dose de risque (garantie totale/partielle sur le capital, rendement minimum) et la part d'actifs risqués dominant (immobilier, action) en fonction de son horizon de placement et de ses projets d’épargne.

Les nouveaux risques liés au vieillissement

La dépendance et l’aidance vont aller de pair pour les familles à l’horizon 2035. Nous aurons 4 millions de personnes en perte d’autonomie dans les 15 ans à venir10 . Dans un futur proche de diminution programmée du niveau de vie des retraités relativement aux actifs11, les familles devront être plus prévoyantes pour prendre en charge les dépendants et organiser leur rôle d’aidant.

D’autant plus que le nombre d’aidants potentiels va diminuer – avec 2 aidants en moins pour 1 personne dépendante12.

Si aujourd’hui, la génération pivot prend en charge ses parents dépendants, demain, le risque de devenir salarié aidant est prégnant à partir de 40 ans  près de 53 % des aidants sont les enfants des personnes âgées13. La démographie nous prédit qu’un salarié sur quatre sera aidant en 2035.

1 Les rendements moyens des fonds euros sont estimé de 1 % à 1,10 % en 2020, estimation du Cabinet Facts & Figures
2 Etude menée sur la période 1895-2011 sur des données françaises (hors actifs immobiliers) par les économistes Stéphane Hamayon, Florence Legros, Yannick Pradat. L’étude est disponible en suivant le lien suivant : https://cerefige.univ-lorraine.fr/sites/ cerefige.univ-lorraine.fr/files/users/documents/cahier_de_ recherche yannick_pradat-cerefige.pdf
3 Sondage Opinion Way pour Moka, juillet 2020
4 Rapports du Conseil d’Orientation des Retraites – COR, 2019
5 Baromètre épargne et placements de BPCE, 23 juin 2020
6http://www.shlomobenartzi.com/save-more-tomorrow - Save More Tomorrow – Le programme a été intégré dans le Pension Protection Act de 2006
7 Sondage d'Altaprofits 2020. Enquête réalisée du 8 au 10 juin 2020, auprès d’un échantillon de 2000 personnes représentatives de la population française âgées de 25 à 64 ans
8 Estimation de la Banque de France
9 Baromètre épargne et placements de BPCE 23 juin 2020
10Estimations de l’INSEE
11 Voir les conséquences des réformes successives des retraites sur la parité de niveau de vie actif-retraite dans le rapport du COR 2019, disponible ici https://www.corretraites.fr/sites/default/files/2019-06/doc-4646.pdfrapport COR 2019
12 La dépendance des personnes âgées, une projection en 2040, INSEE, disponible, ici https://www.insee.fr/fr/statistiques/1371933?sommaire=1372045
13 La drees, Les proches aidants des seniors et leur ressenti sur l’aide apportée - Résultats des enquêtes «CARE » auprès des aidants (2015-2016)